Rémunérer les élèves... (MAJ 25/06/2010)

Publié le par ASP385

    C'est l'histoire de quatres gamins qui viennent jouer au foot contre le mur d'une maison. Cette maison est habitée par un monsieur plutôt agé qui préfère le ronronement de sa radio aux clapotis d'un ballon en plastique mal gonflé à l'angle de la rue de la République et des "Irondelles" (sa maison).
Sournoisement, il paye les enfants pour qu'ils reviennent le lendemain. Leur présentéisme rémunéré, ils reviennent... et un jour, le vieux pépé tordu, arrête de les payer. Que font les gamins : ils ne viennent plus !! Pourquoi venir alors qu'ils n'ont rien en échange, ils continueront à jouer au foot... ailleurs !

    Tout ça pour dire que mobiliser des individus autour de motivations externes les amènent à se décentrer de leur motivation première : interne. Les gamins venaient jouer par plaisir, ils ont quittés la place parce qu'on ne les rémunérait plus.
Le jour où l'on arrête de rémunéré les élèves de ces lycées expérimentaux, que se passera-t-il ? Quand ils entreront à la fac et qu'il leur sera dit : "à partir d'aujourd'hui : plus de fric, plus de prof pour vous encadrer comme au lycée... courage, ça va le faire...", ils répondront à juste titre : "vous payez pas ? je viens plus, je vais bosser ailleurs, là où ça paye". (On pourrait divaguer sur une obscure théorie du complot, où nos dirigeants souhaiteraient, en effet, que ce public de "pro" disparaissent de nos universités, mais c'est un mauvais argument, non ?).

    Le problème ici, me semble-t-il, c'est la marchandisation de l'école : la mise au même plan du temps de travail professionnel, au temps de travail scolaire.
Certains diront que dans le monde de l'entreprise la récompense du présentéisme a des effets bénéfiques sur la qualités des prestations fournies par les salariés, certe. Mais ici on parle de temps scolaire, de temps obligatoire et gratuit centrés sur l'éducation : qui sont fournis aux élèves pour qu'ils puissent s'épanouir, par la suite, dans leur société.
A ceux qui répondront que l'école n'est pas faite pour certains jeunes et que donc rémunérer est une manière de les y intégrer je dirais que cet argument, pour la première partie, va dans mon sens. En effet, l'école actuelle est fondée sur des modèles quinquagénaires et ne peut donc plus être adaptée à l'ensemble des publics la traversant, mais est-ce une solution que de rémunérer les élèves, n'est-ce pas un pansement de plus, sur la jambe de bois ? Est ce que cette rémunération va changer, au fond, le rapport des jeunes (de certains jeunes, ne faisons pas trop de stéréotypie) à l'école ? Est ce que l'on ne doit pas rechercher un rapport désinteressé à l'école, au savoir, à l'apprentissage ? Quelle est cette civilisation qui va jusqu'à marchandiser l'épanouissement et la réussite de ses enfants, pour avoir la paix dans ses établissements scolaires ? Ne sont-ce pas encore les mêmes (pauvres) qui vont payer pour la volonté de tranquilité de certains (riches)  ? Veut on que pour eux le savoir devienne un produit comme une autre ?

Il va s'en dire que l'école actuelle nécessite une réforme en profondeur qui devrait enfin placer les enfants au centre,(le fameux pédocentrisme de 89...), qui ne doit pas orienter les élèves en fonction des places libres dans les filières mais en fonction de leur souhaits réels d'orientation. Et ceux-ci ne peuvent uniquement se construire qu'au travers de contenus et de logiques pédagogiques qui interessent les élèves...
Et à celui qui me dit que l'argent les intéresse, je réponds simplement que l'argent n'est un contenu de formation. Et qu'à l'école les contenus de formation sont l'instruction et l'éducation, pas la marchandisation de sa présence. Laissons leur une chance de ne pas vendre leur corps et leur esprit, comme nous, salariés, avons accepté de le faire.
Pour une autre école.
Le 30 juin 2010 est annoncée la fin de cette expérimentation... mais la marchandisation de l'école n'a pas dit son dernier mot, la loi est passé avant hier : les parents des élèves absents se verront retirer leurs allocations... to be continued...

Publié dans éduca-tic

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